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Dernière mise à jour : mercredi 3 mars 2010

A présent, vous pouvez dire à nos mères que nous sommes régionalistes

A présent, vous pouvez dire à nos mères que nous sommes régionalistes

 Jusqu’il y a peu, le concept de régionalisme était à proscrire du vocabulaire politique en francophonie de Belgique, mais principalement en Wallonie.

C’était un peu comme le marxisme, toute proportion gardée évidemment. Un jour, on considéra comme une faute de goût d’avoir lu Marx. Le marxisme était devenu ringard. Et c’est la même ringardise qui, chez nous, vint un jour frapper le régionalisme.

Oubliés les Renard, les Yerna, les Terwagne, les Merlot, les Perin et les Cools. Ignorés le Mouvement Populaire Wallon et le Rassemblement Wallon. Au nom de la nouvelle pensée dominante, on fit l’impasse sur tout ce qui fut le fruit de la volonté wallonne en matière de régionalisme.

Ce fut l’heure de ce politiquement correct francophone réduisant la Wallonie à ses atouts touristiques et à ses combines. Dans un tel climat délétère et narquois, difficile de faire passer l’image d’une Wallonie qui gagne, de susciter chez les Wallons un sentiment de fierté.

Et pourtant, le régionalisme n’est pas mort en Wallonie. Et d’abord, il n’est pas la seule affaire de quelques nostalgiques de combats désuets

Au contraire, c’est au nom du pragmatisme que s’impose la voie régionaliste afin que la Wallonie assume idéalement sa destinée économique.

 Il est temps qu’au sud du pays, on comprenne enfin qu’on ne sauvera pas l’Etat belge en refusant de négocier et en niant des revendications flamandes qui sont lisibles depuis bientôt dix ans et n’ont pas changé d’un iota.

Et ce n’est qu’aujourd’hui, du côté francophone, qu’on se prépare, dans une certaine urgence, à une parade sur ce qui est acceptable.

Alors que nos exigences auraient dû être connues depuis longtemps et que, maintenant, elles sembleront ne voir le jour que pour tenir la note dans un concert où les Flamands obtiendront leur réforme de l’Etat en laissant pour seule alternative la fin de la Belgique.

A cet égard, il nous semble aussi impératif que les Flamands expriment enfin clairement ce qu’ils souhaitent laisser à l’Etat fédéral. Le débat institutionnel se dessine comme un débat de Communauté à Communauté. Nous sommes, pour notre part, convaincus que les choses seraient plus claires s’il avait lieu entre régions.

A l’aube du 24 mars, on en reviendra, c’est une évidence, à la case départ avec les jetons de l’accroissement des compétences et celui de la scission de BHV.

Que les choses soient claires : une réforme en profondeur de l’Etat demandera du temps. Il appartiendra, dès lors, aux régionalistes wallons et bruxellois d’aborder les nouvelles négociations avec des demandes et non pas seulement des refus.

 Il nous appartient de définir clairement ce que nous voulons comme Etat fédéral et les compétences que nous estimons devoir impérativement conserver à ce niveau de pouvoir, à défaut de passer à un autre système.

Plutôt que de rêver à une circonscription unique, qui ne serait - ne nous berçons pas d’illusions sur ce point - qu’un atout ajouté au confort numérique flamand, remettons à l’ordre du jour une revendication déjà ancienne, celle d’un Sénat paritaire des Régions.

Prenons les devants dans les domaines de l’économie et de l’emploi et surtout dans celui de la coopération au développement, secteur de facto régionalisé au travers des nombreux accords de coopération que nous avons passés avec des pays d’Afrique principalement. Une régionalisation accrue de ce secteur permettrait une représentation diplomatique un peu plus équitable pour la Wallonie.

Dans un autre ordre d’idée, une révision de certaines clés de répartition permettrait au rail wallon un développement plus conforme à la réalité géographique de la Wallonie.

Enfin, au rang de nos revendications, devrait figurer l’exigence d’une alternance linguistique des premiers ministres. 

Il nous apparaît urgent de rompre avec la seule position francophone éminemment réductrice en ce qu’elle n’est  que linguistique.  

Dans la foulée, cessons de rêver à une fusion de la Communauté et de la Région, ce qui aurait pour effet de nier purement et simplement les spécificités wallonne et bruxelloise.

N’imaginons pas plus résoudre nos problèmes intrafrancophones par la création d’une entité Wallonie-Bruxelles, ce qui aurait pour effet d’effacer, au moins symboliquement, le profil régional de la Wallonie.

Mais envisageons enfin sérieusement le fait que la Wallonie devrait exercer des compétences relevant aujourd’hui de la Communauté française.

Cela nous permettrait davantage de réaliser des synergies et des coopérations avec la Région de Bruxelles-Capitale et avec les autres niveaux de pouvoir.

Mais surtout acceptons enfin cette vérité que la régionalisation réussit à la Wallonie. Sans elle, nos exportations ne se porteraient pas aussi bien et nous attendrions toujours un aéroport régional et une gare TGV.

Plutôt que de craindre, frileusement, l’autonomie comme une sombre menace, revendiquons la Région avant de devoir subir l’inéluctable. Le régionalisme n’est pas que du sentimentalisme, c’est avant tout un pragmatisme.

Il nous appartient de réconcilier le citoyen wallon avec ses acteurs politiques. Ce projet doit avoir pour cadre la Région, scène la plus appropriée pour un projet de société wallon dans lequel nous pourrons revendiquer une qualité de vie propre à la Wallonie.

 

Christophe COLLIGNON, Sénateur de Communauté

Jacques GENNEN, Député-échevin

Charles JANSENS, Député-bourgmestre

Guy MILCAMPS, Député-bourgmestre

Sebastian PIRLOT, Député-bourgmestre

Eliane TILLIEUX, Députée-conseillère communale

 

 



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